Portrait d'Eric Dimmer, président de la Commission Falaise

Éric Dimmer, président de la Commission Falaise de la FLERA, est bien plus qu'un grimpeur accompli. Préposé à la nature et aux forêts à Wormeldange, il veille sur nos sites d'escalade avec une énergie contagieuse. Rencontre avec cet homme de terrain qui protège Berdorf tout en prospectant de nouveaux spots de grimpe. 
 

Parcours et engagement :

Anaïs Bourin : Éric, comment s’est fait ton premier contact avec la FLERA et la Commission Falaise (CoFa) ? 
Éric Dimmer : Mon premier contact avec la FLERA remonte à 2006–2007. À l’époque, j’ai rejoint la CoFa pour pouvoir participer à l’équipement de nouvelles falaises, de nouveaux secteurs. Entre 2006 et 2009, j’ai aussi pris part à plusieurs conseils d’administration de la fédération pour faire avancer ce dossier. 
A.B. : Pourtant, tu t’es à un moment éloigné de la fédération… 
É.D. : Oui. Malheureusement, le premier dossier présenté par la CoFa a été refusé par les autorités, avec des arguments que je n’ai pas vraiment compris. Ça a été un gros coup sur la motivation, au point que j’ai quitté la CoFa et la FLERA. 
A.B. : Qu’est-ce qui t’a fait revenir ? 
É.D. : En 2018, de jeunes grimpeurs motivés ont relancé la CoFa et m’ont contacté pour obtenir des infos sur l’ancien dossier. Ça m’a redonné l’élan pour m’engager à nouveau. Depuis 2018, je suis redevenu membre de la Commission, et depuis 2022 j’en suis le président. 
 
Rôles et priorités de la Commission :

A.B. : Concrètement, quel est le rôle de la CoFa aujourd’hui ? 
É.D. : Après la relance en 2018, la première priorité a été de rétablir, entretenir et développer les relations avec les autorités autour du site d’escalade sportive “Wanterbaach”. L’idée était de montrer que la CoFa et la FLERA peuvent gérer le site existant avec sérieux, pour progressivement préparer le terrain à de nouvelles parois équipées. 
A.B. : Quelles avancées récentes te semblent les plus importantes ? 
É.D. : Plusieurs choses : la signature d’une convention d’entretien du Wanterbaach avec la commune de Berdorf, la création d’un groupe d’équipeurs formés dont tu fais partie d’ailleurs, l’instauration d’un entretien annuel structuré du site, l’organisation d’un colloque qui a marqué une étape clé dans la relance du dossier des nouvelles falaises, les premières avancées concrètes de ce dossier, et l’accord de principe du ministère de l’Environnement pour la création de nouvelles voies. 
A.B. : Et les défis auxquels vous êtes confrontés ? Par exemple, accès, sécurité, environnement, fréquentation ? 
É.D. : Honnêtement, tous ceux que tu cites et d’autres encore. La fréquentation sera certainement l’un des plus gros enjeux des prochaines années. Il y a aussi un changement d’approche chez une partie des nouveaux grimpeurs : certaines règles qui allaient de soi ne sont plus forcément respectées, comme ne pas grimper sur du grès mouillé ou rester respectueux des autres. Ça résume bien les défis actuels en matière de sensibilisation, de responsabilité individuelle et de culture de l’escalade en milieu naturel. 
 
Vision et collaborations :

A.B. : Comment vois-tu l’avenir de l’escalade en falaise au Luxembourg ? 
É.D. : Pour moi, il est essentiel qu’elle ne soit plus limitée au seul Wanterbaach. Plus largement, je souhaite que le sport se développe à un niveau élevé, autant sur le plan organisationnel que sportif. Et il faut absolument assurer la relève dans les commissions, en impliquant des jeunes bénévoles et, si possible, des professionnels, pour maintenir la continuité et le dynamisme. 
A.B. : Et la collaboration entre FLERA, grimpeurs, communes et propriétaires des terrains ? 
É.D. : Globalement, je la vois de manière positive. Chacun arrive avec ses propres intérêts, c’est normal, mais dès qu’on discute, on se rend souvent compte que les positions ne sont pas si éloignées. Par contre, cela demande beaucoup de patience, de persévérance et une vraie volonté de trouver des solutions communes. 
A.B. : Quels changements souhaiterais-tu voir dans la culture de la pratique en extérieur ? 
É.D. : J’aimerais que chacun fasse l’effort de respecter au mieux la falaise, le site, la nature et les autres usagers de la forêt. Avec l’augmentation du nombre de pratiquants et d’usagers des espaces naturels, il est indispensable d’adopter une attitude respectueuse et responsable. Et ce respect doit aller dans les deux sens. 
 
L’humain derrière la fonction :

A.B. : Comment as-tu découvert l’escalade ? 
É.D. : Grâce à un copain qui m’a demandé un jour si j’avais envie d’essayer l’escalade. J’ai dit oui, et j’ai fait mes premières expériences au mur d’Ettelbruck en 2001. Je suis tombé amoureux de ce sport et je le pratique toujours. J’y ai aussi rencontré deux de mes meilleurs amis, avec lesquels j’ai vite découvert l’escalade en falaise, ce qui m’a encore plus motivé. 
A.B. : Un souvenir marquant à Berdorf ou ailleurs ? 
É.D. : Au Wanterbaach, l’enchaînement de « Cima Ovest » (7c+) reste gravé. Ce n’était pas seulement le crux en lui-même, mais le fait de la faire avec Pierre. On avait ce projet en commun, on a travaillé la voie, on a essayé plusieurs fois… et ce jour-là, on l’a enchaînée tous les deux. C’était notre voie la plus dure à ce moment-là. Une journée parfaite : réussir un projet, partager ça avec un ami, et finir autour d’une bière. 
Une autre aventure marquante, c’est ma première grande voie avec rappels avec Thierry. Les trois premiers rappels, on se croyait pros. Puis l’ego a pris un peu trop de place : erreurs de débutant, nœud de stop, relais raté… À un moment, je me suis retrouvé sur un relais de voie sportive, obligé de détacher la corde pour que Thierry puisse régler le problème. On était déjà épuisés avant même de commencer la voie. Mais au final, on l’a enchaînée et on est rentrés sains et saufs. Une vraie aventure. 
A.B. : À Berdorf, y a-t-il une voie qui a une signification particulière pour toi ? 
É.D. : Oui, sûr et certain : « Danièle ». Pour moi, la 6a la plus dure au monde. Je l’adore et je la grimpe très souvent, mais je ne sais pas pourquoi : je la grimpe toujours différemment, peu importe ma forme, souvent avec les avant-bras en feu. Il m’arrive encore aujourd’hui de découvrir de nouvelles prises, de nouveaux pieds, de nouveaux mouvements. Ce n’est peut-être pas une super pub pour moi comme grimpeur, mais c’est comme ça : j’ai une relation spéciale avec cette voie. 
A.B. : En dehors de la falaise, qu’est-ce qui te passionne ? 
É.D. : La forêt, clairement. C’est une passion d’enfance qui m’a conduit à mon métier de garde-forestier, ça se passe presque d’explications. Ensuite l’eau : j’adore la plongée et le surf/wakeboard. Je grimpe mieux que je ne pratique ces activités, mais j’y prends énormément de plaisir. Et plus récemment, j’ai découvert la montagne à travers le snowboard. C’est un sport super satisfaisant, même si je tombe encore beaucoup. Le problème, c’est que je n’ai pas assez de congés pour tout faire. 
A.B. : Y a-t-il une valeur ou une philosophie qui guide ton engagement associatif et sportif ? 
É.D. : Quand je m’engage dans quelque chose, je termine le travail du mieux possible, en accord avec mes convictions. J’essaie aussi de comprendre les autres points de vue, de rapprocher les gens et les acteurs pour arriver à un résultat satisfaisant pour tout le monde. Ce n’est pas toujours possible, mais j’essaie. 
 
Un ton plus léger pour conclure :

A.B. : Si tu pouvais grimper n’importe où dans le monde demain, tu irais où et avec qui ? 
É.D. : Version réaliste : Kalymnos, avec ma femme et mes potes. Pour moi, c’est le meilleur site : la roche, la mer, la bouffe, l’ambiance, l’hospitalité… tout y est. Et en version vœu : grimper un jour à la Red River Gorge, que j’imagine comme un Berdorf en grand. Et là aussi, de préférence avec ma femme et mes potes, bien sûr ! 
A.B. : Et en allant grimper, tu écoutes quoi ? 
É.D. : Du rock/metal, du old school hip-hop ou de la house/techno. 
A.B. : Un mot pour les jeunes grimpeurs ou les bénévoles qui hésitent à s’engager ? 
É.D. : « Try and error ! ». C’est seulement en essayant qu’on peut changer les choses. Se plaindre ne sert à rien et rend insatisfait à long terme.